Interview Bénédicte Dubois
Un MIN neurosciences cognitives au service de l’enseignement… Pourquoi ? comment ?

Bénédicte, en mai et juin derniers, tu as organisé deux dispositifs MIN neurosciences cognitives sur notre site d’ARRAS, peux-tu nous en dire un peu plus sur ce sujet ?

Les modules de formation d’initiative nationale (MIN) dans le domaine de l’éducation inclusive se réfèrent au décret 2017-169 du 10/02/2017. Ils sont prévus et organisés pour compléter le parcours de formation des titulaires du CAPPEI.
Dans le cadre de la formation continue, ils sont destinés à un public plus large pour permettre une meilleure prise en compte des besoins éducatifs de chaque élève.

Pourquoi avoir proposé un MIN spécifique « neurosciences cognitives » ?
Des dispositifs de formation sur la prise en compte des élèves à besoins spécifiques pour tous les enseignants et personnels des établissements de la région sont proposés depuis longtemps à l’IFP Nord Pas de Calais, puisque c’est un des axes du Pôle éducation inclusive….
Cependant, j’ai tenu à proposer ce dispositif de formation « neurosciences cognitives au service de l’enseignement » pour répondre aux demandes exponentielles des enseignants spécialisés sur ce sujet.

N’est-ce pas, comme on l’entend souvent, pour répondre à satisfaire un « effet de mode » ?
Les neurosciences cognitives regroupent des disciplines scientifiques qui s’intéressent aux fonctions cognitives et exécutives fortement mobilisées, bien évidemment, dans les apprentissages.
Dans la mesure où le cerveau est au cœur de leur fonctionnement, comprendre ses mécanismes peut aider les enseignants à comprendre pourquoi et comment ils fonctionnent mais aussi dysfonctionnent.
J’ai du mal à comprendre comment cela s’inscrit dans l’idée d’un « effet de mode » puisque cela fait partie intégrante du métier de tout enseignant, cela étant d’ailleurs explicitement inscrit dans leur référentiel de compétences.

Cela suffit-il à outiller les enseignants désireux de prendre en compte les besoins
de leurs élèves ?

Bien sûr que non ! le dispositif de formation vise aussi à identifier et faire évoluer les représentations sur l’apprentissage, revisiter les pratiques et les postures, repenser l’observation, faire connaitre des outils et des supports qu’ont élaborés des chercheurs en neurosciences cognitives en équipes pluridisciplinaires, incluant des acteurs de l’éducation.
Mais ce qui constitue le fil rouge de tout le dispositif de formation, c’est la notion d’introspection et de métacognition (analyse de ses propres connaissances et de ses processus), qui ne peut se faire dans le feu de l’action de son travail au quotidien, mais au contraire, en « se posant » en toute sérénité avec des collègues, dans un contexte convivial et bienveillant.

Tu veux dire que les enseignants apprennent à mieux se connaître au cours de cette formation ?
Aussi ambitieux et présomptueux que cela puisse paraître, oui ! Je peux le démontrer avec l’exemple de la fonction cognitive fondamentale qu’est l’attention/concentration… Fournir les clés d’observation de son propre fonctionnement attentionnel permet à l’enseignant de mieux connaître son propre rapport à l’attention, de modifier quelques habitudes d’enseignement qui peuvent mettre à mal la concentration des élèves, de mieux les observer, n’inhiber des interprétations trop rapides concernant leurs difficultés, et surtout de les accompagner à mieux maîtriser leur attention. Cela en vaut la peine non ?! et je pourrais en dire autant sur la gestion des émotions, les mémoires …

Peux-tu donner quelques exemples de contenus dans ce dispositif ?
La formation débute par un état des lieux des connaissances d’une vingtaine de « grands chercheurs » en neurosciences, connus et reconnus dans le monde entier. Il est aussi question d’identifier quelques neuromythes pour faire évoluer quelques représentations. Les thématiques suivantes abordent les fonctions cognitives et exécutives, la neurophysiologie et le concept de plasticité cérébrale, le rôle du sommeil, les mémoires, les mécanismes attentionnels, la gestion des émotions, les psycho traumatismes, et l’état de la recherche concernant la méditation de pleine conscience (de façon à aborder les mécanismes attentionnels sous un autre angle). Toutes ces interventions s’effectuent dans une logique d’actualisation des connaissances, éclairées par la recherche.

Qu’est ce qui fait, selon toi, le succès de cette formation qui attire les enseignants
de toute la France ?
Et bien l’envie d’être à la mode ! (Non, je rigole ! …).
Trois idées me viennent à l’esprit :
1) La compétence et l’expérience des formateurs passionnés par leur sujet ; j’ai beaucoup de chance d’être entourée par cette équipe de spécialistes toujours en veille sur la recherche, et qui se forment sans modération,
2) Les enseignants, qui, très vite, se prennent au jeu d’une participation active malgré la difficulté de certains apports théoriques,
3) Et enfin, la combinaison des deux, à savoir une véritable coopération entre les enseignants et les formateurs de par les modalités d’animation pédagogique proposées : escape game (pour lire l’article, c’est ici), ateliers, jeux, études de cas, débats, jeux de rôles …

Ce dispositif de formation sera-t-il reconduit l’an prochain ?
Oui, bien sûr… Le bouche à oreille entre enseignants circule vite, presque à la vitesse des connexions dans le cerveau ! ce sera avec grand plaisir que nous accueillerons de nouveaux groupes sur notre site d’ARRAS, rendez-vous est déjà pris…

Propos recueillis par Blandine Quelderie, responsable de formation aux outils numériques à l’IFP Nord Pas de Calais.

 

Les stagiaires de la formation MIN Neurosciences cognitives
du groupe 1 à l’IFP d’ARRAS

Les stagiaires de la formation MIN Neurosciences cognitives
du groupe 2 à l’IFP d’ARRAS

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